La mort héroïque de Charles Péguy par Maurice Barrès

Publié le par muriel



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Abrités derrière un repli de tarrain évacué par les Boches, nous attendions, sous les obus mal repérés de l'ennemi, le moment de partir à l'assaut de ses retranchements, assaut déjà tenté vainement par les taborrs marocains. L'ordre vint enfin, et, joyeux, nous partimes en avant, déployés en tirailleurs. Il était 5 heures ; l'artillerie allemande, foudroyée, s'était tue ; mais, en arrivant sur la crête, une terrible grêle de balles nous accueillie ; nous bondissionsd ans les avoines enmélées, où beaucoup tombent ; la course est pénible. Un bond encore, et nous voilà abrités derrière le talus d'une route, haletants et soullants. Les balles sifflent à ras de nos têtes ; nous tiraillons à 500 mètres sur les allemands bien retranchés et presque invisibles dans leurs uniformes couleur terre. Les voix jeunes et claironnantes du lieutenant Péguy commande le feu ; il est derrière nous, debout, brave, courageux sous l'averse de mitraillette qui siffle, cadencées par le tap tap infernal des mitrailleuses prusiennes.

" Cette terrible course dans les avoines nous a mis à bout de soufle, la sueur nous inonde et notre brave lieutenant est logé à notre enseigne. Un court instant de répit, puis sa voix nous claironne : "En avant." 

"Ah ! cette fois, c'est fini. Escaladant le talus et rasant le sol, courbés en deux, pour offrir moins de prise aux balles, nous courrons à l'assaut. La terrible moisson continue, effrayante ; la chanson de mort bourdonne autour de nous, 200 mètres sont ainsi faits ; mais allr plus loin pour l'instant, c'est une folie, un massacre général, nous n'arriverons pas 10 ! Le Capitaine Guérin et l'autre lieutenant; M. de la Cornillière, sont tués raides. "Couchez-vous, hurle Péguy, et feu à volonté !" mais lui même reste debout, la lorgnette à la main, dirigeant notre tir, héroïque dans l'enfer.

"Nous tirons comme des enragés, noirs de poudre, le fusil nous brulant les doigts. A chaque instant, ce sont des cris, des plaintes, des râles significatifs ; des amis chers sont tués à mes côtés. Combien sont morts ? On ne compte plus.

"Péguy est toujours debout, malgré nos cris de :"Couchez-vous !", glorieux ; fous dans sa bravoure. La pluspart d'entre nous n'ont plus de sac, perdu lors de la retraite, et le sac, en ce moment, est un précieux abri. Et la voix du lieutenant crie toujours : Tirez ! Tirez ! Nom de Dieu " D'aucuns de plaignent : "Nous n'avons pas de sac mon lieutenant, nous allons tous y passer ! - Ca ne fait rien ! Crie Péguy dans la tempâte qui siffle. Moi non plus je n'en ai pas, voyez, tirez toujours ! " Et quand, 100 mètres plus loin, je jette derrière moi un raépide coup d'oeil alarmé, bondissant comme un forcené, j'aperçois là-bas comme une tache noire au milieu de tant d'autres, étendu sans vie, sur la terre chaude et poussièreuse, le corps de ce brave, de notre cher lieutenant."
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mamie-lucette 09/02/2010 09:53


Bonjour Muriel, un bien triste épisode que cette guerre 14-18 qui fit tant de tués. C'était un enfer que de vivre dans les tranchées et c'était encore plus horrible que de sortir sous le feu ennemi
pour reprendre une position. Llieutenant Péguy est mort en héros et combien d'autres avec lui.
Je t'embrasse