L'Imposture de Jeanne la Papesse

Publié le par muriel



Pour un grand nombre d'érudits, l'existence de Jeanne la Papesse n'est pas une légende. Anastase, bibliothéquaire du Vatican, Othon de Frisingen et Marianits Scolus confirment, mais sur de vagues fondements, l'existence authentique de Jeanne la papesse, qui aurait bien occupé le trône pontifical, sous le nom de Jean VIII, entre le règne de Léon IV et celui de Benoit III. Pourtant, l'incroyable usurpation de la papesse reste bel et bien l'objet d'une fable, fable particulièrement accréditée jusqu'au XVIème siècle.
En 855, à la mort du pape Léon IV, il faut procéder à l'élection d'un nouveau pape. A Rome se trouve alors un étranger natif de Mayence en Allemagne, mais d'origine anglaise, pour les uns, d'origine française pour les autres. En réalité cet étranger était une femme. Joan ou Jeanne, c'est son  nom, est éprise du jeune ambassadeur Lambert de Saxe, grand érudit, qu'elle veut séduire en poursuivant des études de théologie. Ces dernières étant réservées aux hommes, elle doit adopter le vêtement masculin. C'est une étudiante si brillante qu'elle est reçue dans les milieux ecclésiastiques, en particulier à la curie. Lorsque les cardinaux doivent se prononcer sur le choix du souverain pontife qui succèdera à Léon IV, c'est lui, ou plutôt elle, qu'ils élisent.
Mais voilà qu'après deux ans d'études, elle tombe enceinte de Lambert de Saxe. Pendant sa grossesse, elle ne sort pas de son palais, devant lequel une foule d'adulateurs est impatiente de l'approcher.
Pressée par son entourage, Jeanne finit par se résoudre à participer au défilé de l'Ascencion. La procession part de Saint Pierre du Vatican et empreinte le chemin de l'église Saint-Jean de Latran, située entre le théatre du Colisée et l'église Saint-Clément. Juchée sur son mulet, Jeanne salue les fidèles. On devine que ses larges et lourds habits pontificaux cacent son ventre arrondi.
La procession s'engage dans la rue, trop étroite, de Querceti. La foule est considérable au point qu'elle en bouche l'accès. C'est pourquoi on décide de détourner le chemin. Ce changement perturbe quelque peu la papesse, qui sent des contractions et tombe. Lawrence Durrel raconte que des "escadrons de sauterelles volaient dans l'air, se heurtaient. Jeanne la papesse tomba du haut du trône, près de l'arc de Trajan, dans les marches menant au trône. Le cruxcifix lui glissa des doigts sur les degrés du trône où le pontife lui-même la rejoignait bientôt en s'affalant, pâle comme la mort ; au moment où elle était en travail, on retire des plis de ses vêtements pontificaux un enfant prématuré".
Jeanne accouche donc publiquement du fruit de ses péchés. Elle est condamnée à mort sur le champ, mais, succombant à l'effroi et à la honte, ne survit pas à l'accouchement. La foule, humiliée par le formidable subterfuge de Jeanne, attache sa dépouille à des chevaux, qui la traînent à travers les rues de Rome. Mais jamais personne ne se consolera d'avoir été dupé.

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mamie-lucette 23/10/2009 12:32


C'est un récit intéressant que celui de cette femme qui en se déguisant en homme arrive à se faire élire pape. Elle meurt dans de droles de circonstances, enfin c'est bien mérité.