l'encyclopédie en péril

Publié le par muriel

En septembre 1751, le théologien et encyclopédiste Abbé de Prades soutient une thèse intitulée Jerusalem celesti, bientôt jugée blasphénatoire et condamnée par la Sorbonne. Il y défend notammentl'idée que les guérisons miraculeuses de Jésus-Christ ont en réalité une explication médicale. Or, avant de voir sa thèse mise à l'index, il a fourni un article Certitude, à Diderot et d'Alembert pour le second volume de leur Encyclopédie. Divers ennemis des deux philosophes prétendent alors que ce sont ces derniers qui ont fait rédigé la thèse de l'abbé de Prades en échange de sa collaboration à l'Encyclopédie.

Les jésuites, avec à leur tête monseigeur de Beaumont, s'associent volontiers à cette cabale, ainsi que les jansénistes, qui présentent l'Encyclopédie comme "une  secte subversive qui s'introduit dans tous les rouages de la société et corrompt les moeurs".

Lorsque paraît le second volume de l'Encyclopédie, le 7 févier 1752, monseigneur de Beaumont s'est déjà entretenu avec >Louis XV pour lui demander l'interdiction de la publication ultérieure de l'ouvrage, sa vente et sa diffusion. C'est en ce sens que le Conseil du Roi publie un arêt : "Sa Majesté a reconnu que dans ces deux volumes on a affecté d'insérer plusieurs maximes tendant à détruire l'autorité royale, à établir l'esprit d'indépendance et de révolte, et, sous des termes obscurs et équivoques, à élever les fondements de l'erreur, de la corruption des moeurs, de l'irréligion et de l'incrédulité."

Cependant, devant le succès commercial du premier tome, paru l'année précédente, où  l'on a recueilli 4 300 souscriptions dès les premières semaines, le roi se trouve bien embarassé, d'autant que Madame de Pompadour elle-même supporte avec ardeur l'ouvrage et ses auteurs.

Un autre partisan, le lieutenant de police d'Argenson, qui partage les sentiments de la marquise, protège la parution clandestine de l'Encyclopédie et feint d'appliquer les consignes royales. Diderot et d'Alembert sont même sollicités par la favorite, puis par le roi, revenu sur son arrêt, pour poursuivre la rédaction des autres volumes. En novembre 1753, dans l'Avertissement du tome III, d'Alembert ne manque pas d'écrire : "Le Gouvernement a paru désirer qu'une entreprise de cette nature ne fut point abandonnée." Les six derniers volumes
sont publiés jusqu'en 1757.

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