Bayard

Publié le par muriel

D'après une chanson française
de Clément Jannequin (XVIè siècle)


Noble terroir du Dauphiné,
Sur toi le preux des preux est né !
Bayard grandit, robuste et fier,
Ses muscles sont de fer.
Fleur de chevalerie,
Il va donner son âme à la Patrie.

A Marignan rude est le choix.
On va taillant, frappant d'estoc.
Il pleut du sang; plus d'un gaillard
Pâlit devant Bayard.
Enfin c'est la déroute
Pour les géants qui barrent notre route.

Fifres, sifflez ! Battez, tambours !
Canons du roi, tonnez toujours !
Ayez des ailes aux talons,
Fuyez, colosses blonds !
Fuyez, car il approche,
Le chevalier sans peur et sans reproche.

Sonne, trompette, avec les corps !
Nôtre est le champ couvert de morts.
Devant Bayard, François premier
Y veut s'agenouiller ;
Et l'autre de lui dire :
"Sois chevalier, François, mon noble sire !"

Mais on n'est pas toujours vainqueur ...
Je vois Bayard, la rage au coeur,
Je vois le preux, tout seul, hélas !
Tomber sanglant et las.
Sentant sa fin prochaine,
Il se recueille et prie au pied d'un chêne.

Or, en plaignant le moribond,
S'approche l'orgueilleux Bourbon.
Il dit, ce traîte que s'est mis
Avec nos ennemis :
"Tel est le sort des armes ...
Pauvre Bayard, pour toi j'aurai des larmes.

"Traite Bourbon, dit le mourant,
Ah ! ton malheur est bien plus grand :
Tu vis, c'est vrai, mais tu trahis
Ton prince et ton pays.
Pour moi, mon heure est proche ;
Mais je mourrai sans peur et sans reproche !"

Brave et loyal, vrai montagnard,
Enfant, tel fut le preux Bayard.
Il est à nous : nos pieds neigeux
Sourirent à ses jeux.
Que la montagne crie :
"Gloire à Bayard, et gloire à la Patrie !"

Commenter cet article