Jumièges (4)

Publié le par muriel

Les destructions qui ne tardèrent pas à la suite de la vente de l'abbaye comme bien national s'opérent en deux phases. Les bâtiments conventuels les plus neufs sont d'abord soigneusement démontés et les matériaux vendus. La seconde vague transforme le reste en une vaste carrière de pierre. Les murs de Notre Dame sont si épais qu'il faut recourir à la dynamite. Les ravages de cet affairisme à courte vue qui marque le début du XIXème siècle sont définitivement stoppés par l'acquisition du domaine par la famille Lepel-Cointet qui entreprend de sauver ce qui peut l'être encore. L'Etat rachète finalement le domaine en 1947, influencé sans doute par les multiples travaux des archéologues qui ont dessiné, analysé, fouillé avec passion ce que est devenu pour tout le monde "la plus belle ruine de France". Elle est aussi objet d'une excellente thèse de l'Ecole Nationale des chartres du futur écrivain Roger Martin du Gard.
L'exceptionnel fonds du manuscrit de la bibliothèque a été sauvé, avant sa dispersion à tout vent, par un ancien moine de Saint-Ouen, Dom Gourduin, devenu le premier conservateur de la toute nouvelle biliothèque municipale de Rouen.
Mais attardons-nous quelque peu dans les majestueuses ruines de l'église Notre-Dame. Sommet et clé de l'art roman normand, elle permet de saisir l'articulation entre l'architecture carolingienne et l'architecture romane. La sobriété et l'absence totale de décoration sculptée de la façade, poussée ici à l'extrême, sont caractéristiques du style roman normand alors que le massif occidental faisant saillie, le large porche et la chapelle haute au revers sont autant de survivances de la tradition carolingienne. La nef à trois niveaux est très élevée et très claire, les fenêtres hautes mesurent 5 mètres en hauteur. C'est la pratique qu'ont choisie les Normands de couvrir  de charpente en bois la nef, en ne voutant d'arêtes que les bas cotés, qui permet cette élévaion. La tourlanterne, dont le seul côté restant semble suspendu dans le ciel; inondait de lumière l'autel à la croisée du transept.
A partir du transept, le gothique prend le pas sur le roman. "Grâce" aux destructions, le visiteur attentif, observant par exemple tel châpiteau émergeant sous un plan gothique arraché, comprendra le procédé adopté par les batisseurs du XIIIème pour consolider le transept et littééralement rhabillé son coeur roman. Le choeur quant à lui a été reconstruit sur le plan de l'ancien choeur roman à déambulatoire et sept chapelles rayonnantes ont été ajoutées.
L'église Saint Pierre est une des premières églises rebâties au Xème siècle après les invasions vikings. Bien qu'entièrement reconstruite au XIVème, elle conserve sa façade occidentale et les deux premières travées de sa nef typique de l'architecture carolingienne, préromane.
Des divers bêtiment de l'enclos monastique ne demeurent que quelques vestiges (salle capitulaire, cellier ...), de part et d'autre de l'emplacement du cloître.

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mamie-lucette 29/07/2009 19:41

dans le com que tu as éffacé, je te disait que tu avait fait une description très approfondie sur l'abbaye de Jumièges, dommage qu'il ne reste que des ruines. Nous ne savons pas conserver notre patrimoine, bonne soirée et bons baisers