Jumièges (3)

Publié le par muriel

Le XIIème siècle est traversé par quelques crises matérielles (guerres provoquées par Henri Ier Beauclerc) et spirituelles (dissentions intestines), surmontées en 1060. L'abbaye se développe normalement dans une région pacifiée depuis sa conquête par Philippe Auguste après la victoire décisive de 1204 à Château-Gaillard. Elle compte une cinquantaine de moines. Des travaux de construction sont entrepris (le choeur gothique de l'élise Notre-Dame, l'église Saint-Pierre, le dortoir), et l'activité de sa célèbre école de copistes est intense : près de la moitié des quatre cents manuscrits de Jumièges datent du XIIIème siècle.
La prospérité du monastère est la cause d'un relachement sensible dès le XIVème siècle, mais le déclic brutal survient lors de la Guerre de Cent Ans, durant laquelle le moines sont obligés à plusieurs reprises d'évacuer leur abbaye pour se réfugier à Rouen.
Sous le long régime de la commende, dont est victime l'abaye dès 1464, deux réformes sont entreprises. La première en 1515, par les moines du Chézal-Benoît, est due à l'initiative, extraordinaire pour un abbé commanditaire, de Philippe de Luxembourg. Le pillage de l'abbaye par les protestants en 1562 brisera cet élan. La seconde est engagée dès 1616 par l'illustre congrégation de Saint-Maur. Du vaste programme de reconstruction qui a dès lors accompagné le retour à la discipline régulière, il ne reste aujourd'hui que le logis abbatial et les deux escaliers menant aux terrasses des jardins.
Malgré des difficultés financières attestées par l'inventaire général auquel l'Administration a procédé à la Révolution, Jumièges demeure fidèle à la mission charitable assignée par saint Philibert et nourrit tous les pauvres qui se présentent à sa porte pendant les disettes de 1694 et 1740 et le terrible hiver de 1788-1789

Les Enervés de Jumièges

Cette légende la plus connue de l'abbbaye veut que Clovis II parti en pélerinage à Jérusalem, ses fils se rebèllent contre leur mère sainte Bathilde qui assurait la régence. A son retour il est contraint de lever une armée pour les vaincre. Il leur inflige pour châtiment qu'on brule les nerfs de leurs jarrets et confie leur sort à Dieu en les laissant dériver sur la Seine dans une barque. Les deux invalides écouent à Jumièges où receuillis par Philibert, ils finiront humblement et paisiblement leurs jours comme moines.
La réalité historique est tout autre puisque lorsque Clovis II, qui n'est jamais allé en Terre Sainte, meurt à l'âge de vingt-deux ans, ses trois fils n'étaient pas en âge de se révolter.
C'est le tombeau de Tassilon et de son fils Théodon qui a donné corps à la légende; problablement créée au XIème siècle pour justifier certains biens de l'abbaye alors attribués à la générosité de la reine Bathilde.
Charlemagne avait en efffet exilé en pénitence à Jumièges, après la rupture de son serment de fidelité, son cousin et vassal Tassilon, duc de Bavières, bientôt rejoint par son fils Théodon.

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